
Savatage
Fight for the Rock
Produit par
1- Fight for the Rock / 2- Out on the Streets / 3- Crying for Love / 4- Day After Day / 5- The Edge of Midnight / 6- Hyde / 7- Lady in Disguise / 8- She's Only Rock And Roll / 9- Wishing Well / 10- Red Light Paradise


Précédé par sa (mauvaise) réputation, Fight for the Rock fait l’unanimité contre lui et rassemble non seulement la quasi-totalité du public de Savatage mais encore les musiciens eux-mêmes, pour lui décerner le titre de la pire production du combo. Ce troisième album n’a rien du triomphe d’Iwo Jima auquel la pochette rend maladroitement hommage, tant il ne sera retenu pour l’histoire, qu’au sujet de l’arrivée du bassiste Johnny Lee Middleton, qui remplace Keith Collins pour plusieurs décennies.
La faute de Fight for the Rock ? Sa direction Hard FM, pop ou AOR, impulsée par le label qui exigea de Jon Oliva qu’il réservât à Savatage ses compositions radio-friendly pourtant destinées à d’autres groupes. Nous sommes en 1986 et ce choix répond à l’esprit du temps. Mais après deux albums de Heavy traditionnel aux légers accents Power, les fidèles de l’époque et les vagues de fans successives peuvent légitimement trouver à redire.
Néanmoins, ce tournant est loin d’être aussi honteux qu’on le dit, si bien qu’en réalité, seul "Lady in Disguise" franchit vraiment un cap avec ses claviers pompiers et sa mélodie en guimauve. En effet, les titres marqués par cette orientation FM sont mêmes plutôt réussis : le mid-tempo "Crying for Love" est très bien réalisé dans ce registre du fait d’un refrain accrocheur typique du genre ; "Fight for the Rock" est à la fois très Heavy et très mélodique avec de belles lignes de guitare alors que son refrain évoque Twisted Sister ; "The Edge of Midnight" s’avère beaucoup plus Heavy après son introduction baroque, même si l’on perçoit quelques emprunts à la grammaire Hard FM. Du reste, Savatage continue de tenir une ligne metallique assez dure, que ce soit sur "Hyde" avec son attaque digne d’un Led Zeppelin sur-saturé, sur le dynamique "She's Only Rock 'n Roll" certes un peu bas du front mais pas désagréable, ou encore sur "Red Light Paradise" qui affirme la patte du combo avec peut-être, un refrain un peu plus radiophonique.
Il n’en reste pas moins que l’inspiration semble tout de même à la peine, puisque l’album comporte deux reprises, "Day After Day" de Badfinger, dont la faiblesse provient du matériau de base très pop 60s et "Wishing Well" de Free, qui est moins chaleureuse que l’originale et moins intense que la cover de leurs compatriotes floridiens Blackfoot. De même, Savatage fait le choix fainéant d’offrir une nouvelle version d’"Out on the Streets", un titre déjà présent sur Sirens en 1983. La ballade est adoucie grâce à l’accent mis sur les arpèges et sur l’interprétation du chant, pour un résultat finalement peut-être plus pertinent.
Imparfait, Fight for the Rock subit pourtant un jugement trop sévère. Non seulement il ne dépareille pas tant que cela des deux premiers opus, mais encore sa direction plus FM – jamais excessive d’ailleurs – est plutôt satisfaisante pour qui aime les premiers Mötley Crüe ou les premiers WASP. L’album demeure très Heavy tout en étant très mélodique, et s’avère souvent plus efficace que ses prédécesseurs, au point de nous faire dire qu’il était une étape obligée pour affiner leur style et densifier leur propos
À écouter : "Fight for the Rock", "Out on the Streets", "The Edge of Midnight"
















