
All Them Witches
Lightning At The Door
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1- Funeral for a Great Drunken Bird / 2- When God Comes Back / 3- The Marriage of Coyote Woman / 4- Swallowed by the Sea / 5- Charles William / 6- The Death of Coyote Woman / 7- Romany Dagger / 8- Mountain


Quelques mois seulement après la parution de leur premier opus, les Américains de All Them Witches souhaitent déjà enchaîner. Leur motivation est avant tout pragmatique : une volonté partagée de partir en tournée, ce que le seul répertoire de leur premier album ne permettait pas encore de faire de manière consistante. Au-delà de cet impératif matériel, le quatuor ressent le besoin de cimenter une alchimie naissante entre ses membres et leurs aspirations respectives.
Captées dans des conditions live, les sessions d’enregistrement transpirent l'authenticité, à l’image du morceau final, "Surface-to-Air Whistle". Une quête de connexion dans une improvisation longue et détonante qui tranche avec le reste de l’album mais témoigne de la liberté créative initié par ce lieu.
L’enseignement majeur de ce second opus réside dans sa texture sonore. C'est ici que All Them Witches forge sa véritable identité : un refus des étiquettes rigides au profit d'un savoureux mélange de stoner, de blues hanté et d'incantations psychédéliques. On y découvre une profondeur nouvelle, une direction vocale déjà esquissée sur "Elk.Blood.Heart" (issu de l'album précédent, Our Mother Electricity). Si le bassiste Charles Michael Parks Jr. n'assurait le chant que sur de rares titres auparavant, il s'empare ici définitivement du micro. Avec son timbre grave et habité, il devient le guide de ce paysage sonore dessiné par le talent des quatre musiciens.
Le morceau d'ouverture, "Funeral For A Great Drunken Bird", reflète parfaitement ces nouvelles intentions : une lourdeur instrumentale pesante, un décor qui prend le temps de s'installer et une voix distante mais charismatique. L'ajout d'un harmonica envoûtant vient parfaire cette déclaration d'atypisme. À l'image de ce mystérieux bassiste devenu frontman, l'album prend des allures mystiques, semant des éclats de magie noire au fil de ses récits.
On retiendra notamment le mythe de "Coyote Woman". D'abord conté à travers son mariage ("The Marriage Of Coyote Woman"), avec une introduction bluesy d'un raffinement incroyable où la guitare dialogue délicatement avec les claviers. Puis, le récit bascule dans la radicalité de la mort avec "The Death Of Coyote Woman". Cette fois, l'introduction gagne en célérité et en rage avant de retomber dans une lourdeur macabre fascinante, portée par le jeu tribal et organique du batteur Robby Staebler. Ces incantations prennent parfois des accents chamaniques, comme sur "Romany Dagger" dont le violon évoque une cérémonie païenne saisissante.
Quelques ombres viennent toutefois ternir Lightning At The Door. On peut regretter l'aspect monolithique de "Swallowed By The Sea", dont la lourdeur finit par étouffer le propos. Quant à "Charles William", le titre illustre une gestion du tempo encore perfectible, s'étirant dans une attente qui peine à être récompensée par un véritable décollage. Ce sens de la dramaturgie ascendante, ici encore un peu balbutiant, deviendra pourtant l'une des plus grandes forces du quatuor par la suite.
Pour clore le tableau, il faut se confronter au monumental "When God Comes Back", véritable totem pour les fans de la première heure. C’est avec ce morceau que l'ombre du stoner plane le plus fièrement sur l’album. Porté par un riff à la violence viscérale, le titre s’impose comme une démonstration de force brute. Mais au-delà de la puissance, c’est l’intelligence de l’appropriation qui frappe : loin des inspirations poussiéreuses et des clichés du genre, le groupe insuffle une urgence nouvelle, transformant un exercice de style classique en une signature sonore unique.
En résumé, Lightning at the Door est l'album de la naissance d'un son. Bien que certaines longueurs ou expérimentations un peu denses puissent freiner l'écoute par moments, le disque brille par son atmosphère de cabane hantée et son refus de la facilité. En installant Charles Michael Parks Jr. au centre de l'alchimie, All Them Witches ne se contente pas de rallonger sa "setlist" pour la scène : il pose les fondations d'une mythologie personnelle. Un album solide, imparfait mais déjà indispensable pour comprendre la trajectoire d'un groupe qui ne ressemble à aucun autre.
A écouter : "When God Comes Back" ; "The Marriage Of Coyote Woman" ; "Funeral For A Great Drunken Bird".

















