
Greta Van Fleet
Palace for the People
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J’ai fait un vœu pieux : que, tout comme la Querelle des Anciens et des Modernes ou la Querelle des Bouffons, la Querelle des Gretistes et des Zeppeliniens touche enfin à son terme pour se réduire à une polémique esthétique pour livres d’histoires. Nous avions exposé les motifs du conflit dans notre chronique de l’excellent The Battle at Garden’s Gate (2021) et il semble que les protagonistes ne désarment toujours pas malgré les efforts de Greta Van Fleet pour s’émanciper de son prestigieux modèle (Led Zeppelin, si vous n’avez pas suivi l’affaire).
Il est vrai qu’on ne devient pas l’étoile montante de la scène rock sans se faire des adversaires au passage : la célébrité produit de l’inimitié, ne serait-ce que par esprit de contradiction. En outre, il faut reconnaître que Greta Van Fleet pourrait faire encore plus d’efforts pour ne pas s’insinuer aussi régulièrement dans les pas de Led Zeppelin, quand bien même ce modèle serait auréolé de gloire, et prêter le flanc aux comparaisons.
L’émancipation cependant, se veut progressive : d’album en album, le groupe aiguise sa personnalité, cherche à se renouveler, améliore ses performances, pour aboutir à… Palace of the People justement. Passons vite sur la pré-campagne promotionnelle qui avait associé d’excellentes idées (un concert en toute intimité dans une petite salle newyorkaise) à d’autres moins convaincantes (une fausse piste de séparation), pour signifier le commencement d’une nouvelle ère avec ce quatrième (ou cinquième, selon les comptes) opus. Et si ce n’est la seule faute de goût étrangement choisie en guise de premier single (l’insignifiant et un peu agaçant "Play Your Games"), Greta Van Fleet n’a pas menti sur la marchandise qui valait largement l’attente.
En effet, Palace of the People comporte sûrement plusieurs des meilleures compositions du groupe, à commencer par l’inaugural "Tear It Down", annoncé en grande pompe par l’ouverture "Into The Beggining". Irrésistible de bout en bout, il possède, et finalement expose, toutes les qualités de l’album : le chant de Josh Kiszka est beaucoup plus maîtrisé et se montre capable d’adopter des registres variés ; le jeu de guitare de Jake Kiszka est tout aussi diversifié, plein d’inventivités dans les riffs, les plans et les soli ; enfin, l’approfondissement d’un vrai talent de compositeurs se confirme que ce soit dans leur domaine habituel ("Call My Own") ou dans des espaces musicaux inattendus. Parmi ces chefs-d’œuvre, qui aurait pu prédire les ondes latines du superbe "Lost In The Golden", la pépite folk "Heya", ou le final stoner-psychédélique "Born Into This" hypnotique à la manière de Monster Magnet ? De surcroit, Palace of the People offre les plus belles ballades du combo : dans un registre folk agrémenté de cordes, "Boughten Bliss" dévoile des lignes de chant phénoménales, tout comme "Saw You Stand" bénéficie de tout le talent de Josh Kiszka et de la finesse de Jake Kiszka.
Certes, l’inspiration trouvée chez Led Zeppelin continue de transparaître sur plusieurs magnifiques pièces, confinant même à la variation autour de "Achille Last Stand" sur le progressif "Dreams Your Hold" – à laquelle on aurait associé l’atmosphère de "No Quarter" également sensible sur l’ombrageux "Touch Again" (qui possède aussi des airs de "When The Leeve Break"). De même que le riff de "Heary And The Beat" aurait eu sa place sur Presence, les arpèges de "Boughten Bliss" s’inscrivent dans la droite ligne de "Tangerine" et de "Over the Hills and Far Away". Le contraste entre les registres folk et hard rock sur "Field Of Stars" offre une parfaite illustration de l’interprétation du style zeppelinien par Greta Van Fleet (au profit d’un très bon morceau). Néanmoins, il semble que même ici et plus que jamais, la personnalité du groupe en ressort affirmée de même que l’écriture apparaît beaucoup plus fine.
Alors m’en voudriez-vous d’annoncer pour la deuxième fois le meilleur album de Greta Van Fleet ? Eh bien j’espère me tromper à nouveau et que l’avenir nous réservera d’autres merveilles de leur part !
À écouter : "Tear It Down", "Boughten Bliss", "Lost In The Golden", "Saw You Stand", "Heya"


















