↓ MENU
Accueil
Première écoute
Albums
Concerts
Cinéma
DVD
Livres
Dossiers
Interviews
Festivals
Actualités
Médias
Agenda concerts
Sorties d'albums
The Wall
Sélection
Photos
Webcasts
Chroniques § Dossiers § Infos § Bonus
X

Newsletter Albumrock


Restez informé des dernières publications, inscrivez-vous à notre newsletter bimensuelle.
Chronique Cinéma

All Things Must Pass - Episode 9 – Retour à Zarbiland


Je suis venu au monde en février 1958, vingt-six mois seulement après la naissance du rock.


Les années ‘20 incarnent (déjà) la huitième décennie durant laquelle, de façon consciente ou non, le rock berce mon existence. Dans la maison, la collection est devenue tentaculaire. Pour passer d’une pièce à l’autre, il faut apprendre à naviguer entre CD, vinyles, DVD, bouquins, bandes dessinées, revues, t-shirts, affiches, goodies, instruments de musique, dédicaces et autres brols (comme on dit dans mon pays).


Mais mon coin favori reste le cabinet de curiosités que je vous invite à visiter aujourd’hui.

"Episode 9 – Retour à Zarbiland"
Daniel, le 07/05/2026
( mots)

Date : de 1963 à 2022

Lieu : Zarbiland

 

Au début de l’an de rock 2026, Angine de Poitrine m’a pris par surprise. Je pense être un "bon public" en ce sens que je n’ai jamais été très méfiant. Si fait que j’ai toujours été stupidement sensible à toutes les modes qui passent. Au risque parfois de m’enthousiasmer pour des idioties sans nom ou des aventures sans lendemain(1)

Depuis que j’écoute du rock, j’ai souvent croisé des musiques bizarroïdes imaginées par des musiciens qui ne le sont pas moins.

Et j’ai pris pour habitude de ranger ces étrangetés dans un cabinet de curiosités que j’ai appelé Zarbiland.

Sur les discrètes étagères de Zarbiland, il y a, en désordre, des œuvres majeures ou mineures(2), imaginées soit par des autodidactes qui ne se sentent pas liés par des règles, soit  par des académiciens qui veulent exploser les codes qui leur sont familiers.  

Mais le résultat est toujours le même : toute musique "autre" intrigue le petit rocker (ou détruit ses neurones).

Ceci dit, j’ai bien conscience qu’il est difficile de faire le tri entre les "étrangetés" imaginées dans le simple but de créer un buzz et les véritables "innovations" qui précipitent, ponctuellement ou durablement, notre musique préférée dans une autre dimension.

La référence ultime du titre dérangeant reste bien évidemment le phénoménal "4’32" de John Cage (1952). Mais le compositeur campe en-dehors du périmètre rock qui nous passionne.

Dès la naissance du rock (circa 1954-1955), il y a eu des "chercheurs", des gars qui voyaient les choses "autrement". Prenons Carl Perkins. Derrière son hit historique, le guitariste chaussé de daim bleu a passé pas mal de temps en studio à enregistrer des titres plus expérimentaux. En parfait autodidacte, il n’hésitait pas à "distorsionner" les harmonies et à emmener la musique quelque part ailleurs. "Her Love Rubbed Off" (1956) est un exemple parmi d’autres.

Il est totalement impossible de prétendre à l’exhaustivité, tant Zarbiland propose des paysages aussi inattendus que variés. Mais il est amusant d’imaginer un petit voyage subjectif, décalé et chronologique (entre 1963 et 2022) jusqu’aux frontières floues de ce monde aussi inventif que (parfois) irritant.

Cela fait longtemps que je rêve d’une compilation de ces dingueries. Un beau double album vinyle (avec un petit single bonus dans la version deluxe) confortablement rangé dans un gatefold dont l’intérieur serait truffé de photos floues et d’informations parfaitement inutiles.

 J’imagine bien, en couverture, une reproduction du "Cri" d’Edvard Munch. Magnifique.

 

Best Of Zarbiland

 

DISQUE 1 - FACE A

 

1. 1963 – Il fallait un satané brin de folie pour enregistrer le jouissif "Surfin’ Bird". The Trashmen ont inventé le garage/punk rock en balançant aux orties toutes les règles musicales convenues. Le chant est hystérique et les lyrics sont… différents. Un choc.

2. 1965 – Beatle George introduit le sitar sur "Norwegian Wood". Cela peut paraître banal aujourd’hui mais, d’une certaine manière, ce titre initie la World Music et propose aux fans des Fab’ Four de se confronter à une autre civilisation musicale.

3. 1966 – En utilisant une jarre (électrique) pour renforcer le caractère psychédélique de leurs sonorités, The 13th Floor Elevators cartonnent dans les charts avec le très décalé "You’re Gonna Miss Me". Les Texans ne feront pas école (personne ne s’en plaindra) mais ils ont laissé une empreinte assez (in)dé(lé)bile (et une imagerie extrêmement loufoque) dans la petite histoire du rock. 

4. 1966 – Napoleon XIV (3) signe un hit-single alternatif "bruitiste" avec le fabuleux "They Coming To Take Me Away, Ha-Haaa !" qui met en musique le désordre mental et l’asile psychiatrique. Un monument. Pas si crétin qu’il en a l’air. Et qui inspirera Lemmy Kilmister(4) par la suite… 

5. 1967 – A des années-lumières de leurs racines bluesy, The Rolling Stones se payent une visite à la frontière du grand n’importe quoi avec l’insupportable "Sing this All Together (See What Happens)". Passée la huitième minute, le titre génère chez le petit rocker une envie irrésistible de broyer du vinyle. Et, par nature, le petit rocker a toujours raison.

6. 1968 – Condamnés à bricoler sans fin dans leurs studios londoniens, faute de pouvoir encore défendre leur musique sur scène, The Beatles s’égarent plus loin encore aux confins de Zarbiland avec "Revolution 9" un titre expérimental, "a-musical" et extrêmement énervant.

 

DISQUE 1 - FACE B

 

7. 1969 – Produit par l’inévitable Frank Zappa (qui mériterait une compilation zarbilandaise pour lui tout seul), "Trout Mask Replica" (cette pochette!) de Captain Beefheart explose (avec malice et intelligence) tous les codes musicaux connus. Les plus frileux se contenteront du très bref "Dali’s Car" pour se faire une rapide opinion. La démarche du capitaine sera récompensée par un désintérêt généralisé et massif, l’album n’étant classé nulle part dans les charts de son temps.

8. 1969King Crimson pulvérise les tympans des petits rockers avec le chant "proto-growlé" (bien avant la lettre) et la musique ultra agressive de la plage introductive de son premier album. "21st Century Schyzoïd Man" est une véritable déflagration grinçante. Du jamais entendu auparavant. 

9. 1969 – Screaming Jay Hawkins enregistre "Constipation Blues". Si l’esprit musical est relativement "classique", le chant théâtral et spectaculaire de Hurleur Jay et le thème abordé ont marqué les esprits. Il existe une recommandable version ultérieure, passablement atomique, enregistrée en duo avec Serge Gainsbourg. 

10. 1970 – Hot Legs (TenCC en mode juvénile) propose un schéma à la Napoleon XVI en publiant un "Neanderthal Man" pour le moins lourdingue et primitif. A l’origine, il s’agissait d’un simple test d’enregistrement destiné à apprivoiser les limites sonores d’un nouveau kit de batterie. Le titre (qui propose un gimmick plutôt bêta) deviendra un hit-single inattendu et conduira à l’invention d’une danse préhistorique (oubliée aujourd’hui) qui a fait les beaux jours des surprise-parties dont étaient friands les petits rockers.

11. 1970The Stooges développent un free-rock ultra brutal, à la fois pré-punk et totalement suicidaire, avec le titre "Fun House" (sur l’album éponyme). A mi-chemin entre l’éruption volcanique et le bordel sonore.

12. 1970 – Ignorant le (pourtant pertinent) Principe de Peter, Pink Floyd loupe, avec Atom Heart Mother, une fusion par trop ambitieuse entre rock bruitiste et prétentions classifiantes. Le groupe tentera d’éliminer ce ratage magistral en "oubliant" l’album dans ses intégrales. Et pourtant, le titre ne manque pas de charme(s).

 

DISQUE 2 - FACE A

 

13. 1972Yoko Ono "intervient" dans une émission de télévision. Elle se trouve sur scène avec John Lennon et son idole absolue Chuck Berry. La grimace du vieux rocker vaut son pesant de cacahuète lorsque l’artiste conceptuelle auto-proclamée s’empare du micro pour se lancer dans ses vocalises primales qui rappellent (pour les plus vieux) le grincement d’une craie sur un tableau noir. L’ingénieur du son aura la bonne idée de couper rapidement le micro de la demoiselle. Mais les quelques secondes audibles restent un moment d’histoire.

14. 1973 – Se sentant corseté par les limites musicales très étriquées du rock, le génial Keith Emerson enregistre avec ELP des musiques de plus en plus savantes. "Toccata" est un titre qui ne doit plus rien aux rythmes binaires et qui conduit le petit rocker dans un monde différent (à défaut d’être résolument nouveau puisqu’il s’inscrit dans la longue tradition d’une musique dite "classique").

15. 1973 – Christian Vander, génie percussif absolu, propose en intro de M.D.K., le troisième album de son groupe, un prélude totalement déconcertant de neuf minutes qui bouleverse l’entendement humain. Il y a un avant et un après "Hortz Fur Dëhn Stekëhn West".  Kobaïa !

16. 1974Kraftwerk dématérialise la musique rock en balançant à la poubelle tous les instruments traditionnels pour proposer avec "Autobahn" un titre interminable et électronique, plus hypnotique qu’un vrai parcours sur une autoroute allemande. Les quelques chœurs à la Beach Boys démontrent néanmoins que les robots humains conservent un petit cœur de beurre nostalgique des sixties.

17. 1977 – Il reste difficile de savoir si Brian Eno est un pur génie ou un simple charlatan un peu visionnaire. Obnubilé par l’envie de ne respecter aucune règle académique, il va développer ses stratégies obliques pour accoucher d’une musique aléatoire qui conduit parfois à des titres définitifs comme "King’s Lead Hat" (cherchez l’anagramme !). Après une triple collaboration avec David Bowie (l’éprouvante "trilogie berlinoise"), il produira Talking Heads, U2 et une kyrielle d’autres groupes en peine d’"alternativité" avec des bonheurs divers et variés.

18. 1977 – Avec sa théorie de la dé-volution (pas si idiote que ça, finalement), Devo détruit les codes rock sur le très ironique "Jocko Homo" et la reprise décalée de "Satisfaction" que le groupe présentera comme étant l’original d’un titre qui allait être repris en 1965 par un petit groupe de blues anglais.

 

DISQUE 2 - FACE B

 

19. 1978 – Poussant les curseurs un peu plus avant que Devo, The Residents mettent le rock à mort en déstructurant "Satisfaction" dans le cadre d’une revisite nazifiante et étouffante de la musique populaire. Sous le couvert d’un second degré ravageur, les fous-furieux masqués(5) véhiculent un message politique et humaniste qui interpelle par sa violence mais aussi par son extrême pertinence

20. 1978 – Persuadé que sa trentaine impliquait une mort conceptuelle (comme le pensaient beaucoup de rockers de son temps), Peter Hammill pousse très loin sa propre conception artistique avec le bruitiste "A Motor-Bike In Afrika"(6), à la fois suicidaire, nihiliste et provocateur.

21. 1979 – "African Reggae" de Nina Hagen démontre qu’il existe une frontière ténue entre "tout" et "n’importe quoi". Le titre – extrêmement bien conçu – reste peut-être le reggae blanc le plus intéressant de la petite histoire du rock. 

22. 1981 – En écho (un peu angoissant) à un aria de l’opéra Le Cid de Jules Massenet, l’extraordinaire Laurie Anderson réussit en huit minutes un tube universel avec "O Superman" en partant d’un joli loop de "Ha". Un des titres les plus inventifs de cette année-là.

23. 1981 – Klaus Nomi propose un mariage contre nature entre une voix hallucinée (unique en son genre), un look plastique improbable et la réécriture émouvante et pertinente d’un thème immortel de Frank Purcell. "The Cold Song" survivra à son auteur dont on se souvient qu’il sera le premier rocker à mourir du SIDA.

24. 1985Kate Bush illumine l’avant-gardisme en mariant, au cœur d’une mélodie électro-pop, sa voix de rêve et un Fairlight. "Running up That Hill" se glissera dans les charts malgré son extrême étrangeté.

 

SINGLE (7) – FACE A

 

25. 2022Björk pousse tous les curseurs de l’étrange dans un hommage filial touchant. Bonus parfait d’une compilation Zarbilandaise, "Her Mother’s House" est hors du temps, hors de la vie, hors du monde. Une sublime forme d’art "à côté".

 

SINGLE (7) – FACE B

 

26. 1976 – Malgré mon souhait de garder jalousement le secret et le silence sur cette œuvre que j’ai le bonheur de posséder dans sa version originale, je ne peux pas m’empêcher de lever un petit coin de voile sur le projet  le plus ambitieux de Johnny Hallyday. L’épouvantable "To Be Or Not To Be", un single extrait du double album "Hamlet", est définitivement inclassable et résiste depuis sa sortie à toutes les analyses.

 

 

(1) Rien ne permet aujourd’hui d’affirmer que le phénomène Angine de poitrine restera « sans lendemain ». Mais, d’expérience, on sait que le fameux "troisième album" reste toujours un écueil d’envergure sur lequel de nombreuses espérances sont venues se casser les dents de devant.

(2) Parmi les œuvres les plus mineures, il y a le foutraque double vinyle "Hamlet" (1976) de Johnny Hallyday. Si l’objet vaut déjà pour son artwork totalement halluciné (et censuré au Japon pour cause de pornographie), le contenu est à ce point "décalé"  que c’est devenu, avec le temps, un des mes collectors préférés. Il est rangé dans la partie "Enfer" de mon cabinet de curiosités et je ne le fait entendre qu’aux esprits avertis). Il ne s’en est vendu que 100.000 exemplaires (une vraie misère). De nombreux fans du Taulier ignorent (ou feignent d’ignorer) l’existence de cet épouvantable Titanic du "rock conceptuel" hexagonal. Ce n’est pas l’Everest de Zarbiland mais c’est au moins son Anapurna.

(3) Napoleon XIV est le pseudonyme du producteur Jerrold Jerry Samuels. Les complotistes observeront (si ce n’est déjà fait) que, si l’on enlève "Napo", on obtient le nom du Pape actuel. Comme quoi, il n’y a aucune place pour le hasard sur notre planète plate qui ne connaît pas de réchauffement climatique.

(4) L’excellent "Back At The Funny Farm" (1983) de Mötörhead est clairement une "suite" géniale du single de Napoleon XIV. 

(5) Il existe une évidente parenté artistique formelle entre la démarche de The Residents et celle d’Angine de Poitrine. Mais les deux extra-terrestres canadiens affirment (et je les crois) n’avoir jamais écouté le groupe américain. 

(6) Ce titre vient immédiatement à l’esprit lorsque l’on écoute "Mata Zyklek" d’Angine de Poitrine. Parenté transatlantique et trans-générationnelle… 

(7) Le single n’est disponible en bonus que dans la version deluxe de la compilation.

 

Commentaires
Soyez le premier à réagir à cette publication !