
Hällas
Panorama
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C’est peu dire qu’un nouvel album d’Hällas était attendu par la rédaction d’Albumrock – soyons honnête, il l’était surtout, si ce n’est seulement, par son rédacteur en chef. Ce qui était inattendu, c’est l’entrée en matière sur un titre de plus de vingt minutes, "Above the Continuum", une forme d’exercice qui commence à s’installer au sein de la scène revival comme en témoigne Crown Lands qui avait brillamment réactualisé l’esthétique de Rush version 2112 (1976) sur Fearless (2023) avec une pièce introductive de plus de dix-huit minutes ("Starlifter: Fearless Pt. II"). Cette pratique était commune au sein de la scène progressive des années 1970, que l’on pense à Yes, Van Der Graaf Generator et surtout à Genesis, groupe à l’œuvre duquel la pochette de Panorama semble renvoyer (Trespass, 1970).
Cette orientation plus progressive et surtout, cette liberté esthétique absolue, est d’autant plus facile à assumer qu’Hällas dispose désormais de son propre label, Äventry Records. L’arrivée d’un nouveau guitariste, Richard Swahn, n’empêche pas le groupe de maintenir la cohérence de son univers : "Above the Continuum" est un écho explicite au deuxième album (Conundrum, 2020) et Panorama est une préquelle aux aventures du chevalier Hällas.
Sur le plan esthétique, le combo parvient à conserver son style référencé mais inimitable, tout en le développant vers des horizons insoupçonnés. Et en l’occurrence, c’est encore une fois "Above the Continuum" qui constitue la plus grande surprise de l’album. Après une introduction subtilement épique et influencée par Mike Oldfield, "Above the Continuum" bascule vers un registre proche de Santa Esmeralda, quasiment disco et chanté en italien – un clin d’œil bien senti à la Botte qui, à la fin des 70s, était passée de bastion du rock progressif à fief de la disco, et dont certains protagonistes prog’ avaient d’ailleurs malheureusement surfé sur la vague (mais la Suède avait également son lot de groupes kitsch avec Abba). Heureusement, Hällas demeure un groupe de hard-rock progressif, si bien que le titre retrouve très vite cette dimension faite de riffs puissants, de claviers retro et de lignes de guitares magistrales. La dynamique prend vite un tournant Heavy prog’ 70s revisité avec le savoir-faire et l’identité du groupe : s’il s’inspire volontiers de Camel ou de Wishbone Ash, il articule de façon très intéressante les sons de claviers des 70s et des 80s. En outre, la composition parvient à tenir la longueur et à trouver une cohérence, que ce soit à l’aide de références à l’introduction disco grâce à quelques mélodies mexicaines épiques (vers 9 minutes), à des passages narrés sur fond de synthés pour renforcer le récit épique, à une dimension synthwave plus marquée en contraste avec des ruptures plus électriques (la belle cavalcade vers 16.30). Le final rythmé aux airs de latin-jazz, rebondit enfin sur les mélodies initiales dans un style plus orchestral, bouclant la boucle sous la forme d’une écriture en chiasme.
Cependant, Panorama est loin de se résumer à cette fresque grandiose, assumant même son tropisme pop 80s sur l’excellent "Face of an Angel", addictif dès les trots introductifs au point de rejoindre rapidement "Star Rider" et "Carry On" au rayon des tubes du groupe grâce à son riff imparable et son refrain entêtant. Un exemple qui prouve encore la versatilité dont est capable le groupe qui n’exige de nous qu’une ouverture d’esprit suffisante face à l’aménagement intelligent de nos plaisirs coupables.
En touchant juste et en se renouvelant, Hällas rend d’autant plus agréable ses incursions dans son registre habituel. Il en va ainsi du brillant "The Emissary", aux mélodies superbes et aux variations heavy progressives très bien trouvées (à l’image des titres d’Isle of Wisdom, 2022), et dans une moindre mesure du dernier titre "At the Summit", un peu plus convenu – on notera d’ailleurs une légère baisse de régime en fin d’album avec "Bestiaus", une pièce piano-chant mélancolique au statut un peu flou (est-ce un prélude à "At the Summit" ?).
Hällas offre donc un nouveau jalon important dans sa discographie impeccable, en empruntant une voie ambitieuse et aventureuse au profit d’un renouvellement sans trahison – nous n’en attendions pas moins.
À écouter : "Above the Continuum", "Face of an Angel", "The Emissary"



















