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Critique d'album

Ghinzu


W.O.W.A


(29/05/2026 - PIAS Recordings - rock alternatif belge - Genre : Rock)
Produit par

1- When Other Worlds Await / 2- Snow White / 3- Out of control / 4- Forever / 5- Morning Lights / 6- Mathias is Gone / 7- Apologies / 8- It's the Law / 9- #quietluxury / 10- Fool / 11- Death Race / 12- Master Bluff / 13- Breathless Words
Note de 3/5
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Note de 3.0/5 pour cet album
"Entre nostalgie et cure de jouvence, Ghinzu réussit (globalement) son grand retour"
Quentin, le 14/06/2026
( mots)



Dix-sept ans.


Dix-sept ans à attendre une suite à la bombe électro-rock Mirror Mirror, soit presque une majorité, à chérir et à se repasser en boucle les souvenirs de concerts où John Stargasm, bourré, massacrait les arpèges de piano de "The Dragster Wave".


Dix-sept ans, juste le temps qu'il fallait pour faire de Ghinzu un groupe culte, porté notamment par le souvenir incandescent des titres marquants de l'iconique album Blow sur une scène rock belge alors en pleine ébullition.


Après dEUS en 2023 et en attendant l'autre comeback annoncé de Girls in Hawaii, les feux follets du plat pays ont finalement attendu 2026 pour faire leur grand retour, après un teasing de plusieurs années. Le groupe s'était en effet déjà rappelé à notre bon souvenir en 2015-2016 avec quelques dates en salle et en festivals, puis en 2024 avec une nouvelle tournée partagée entre la France et la Belgique avec à la clé quelques inédits dans les setlist. On désespérait néanmoins de pouvoir entendre un jour les extraits de ce quatrième album tant attendu.


Le groupe n'est pas resté inactif pendant toutes ces années de silence, loin s'en faut. Des centaines de chansons ont été stockées sur des disques durs et les compositions ont pu mûrir sur le temps long. Enregistré entre l’Europe et les États-Unis avec le producteur Dave Sardy, conseillé par leurs compatriotes de Soulwax, le groupe a souhaité un son plus compact et immédiat influencé par les sonorités synthétiques des années 1980 et abordant des thèmes aussi contemporains que celui des addictions aux écrans ou de la dépendance affective.


Si les comeback suscitent souvent autant d'attente que d'appréhension, la crainte de la déception est d'autant plus grande que l'on a aimé un jour un groupe avec passion. On a d'abord cru que cette résurrection ne laisserait finalement qu'un goût amer, introduite par une pochette d'album franchement mocharde et une ancienne demo reconvertie en premier single, "Out of Control", trop calibré et fainéant pour pleinement convaincre. L'ouverture de l'album est de ce point de vue également assez clivante, sorte de patchwork électro/dance nourri d'influences classiques qui s'étend sur plus de sept minutes. Si ce titre d'ouverture ne tient pas la comparaison avec avec des autres albums, en particulier l'introduction magistrale de "Blow", on retrouve néanmoins assez vite nos marques avec une palette de sonorités caractéristiques du groupe qui s'incarne dans la superposition des voix de tête du chanteur et un crescendo électro efficace.


Les années n'ont de ce point de vue pas altéré l'identité du groupe et la fameuse patte Ghinzu reconnaissable entre mille, en particulier sur "Snow White" emmené par sa ligne de basse rebondissante, ses chœurs suraigus barrés comme il faut et son riff nerveux et dansant qui réveille des souvenirs d'adolescence. L'auditeur est en terrain connu et la fibre nostalgique bat son plein sur les titres électro-rock défouloirs qui devraient de nouveau mettre une sacrée ambiance en concert comme le virulent "Death Race" et le groovy "It's the Law". On retrouve également des titres composés en apesanteur qui bénéficient d'un travail poussé sur les textures de nappes de claviers à l'instar d'un "Forever" à l'allure presque mystique.


Ghinzu ne fait pas qu'évoquer les souvenirs du passé et surprend également avec des titres qui détonnent au sein de leur répertoire habituel : synthpop au tempérament accrocheur sur "Morning Lights" ou registre plus soul et jazzy sur "Apologies" et sa mélancolie enrichie par la chaleur des cuivres. Quelques interludes instrumentaux aériens permettent de marquer les ruptures entre tous ces titres et introduisent en particulier les deux meilleurs titres de l'album où le piano occupe une place centrale. Ghinzu n'est jamais en effet aussi bon que lorsqu'il calme le jeu et fait monter les émotions crescendo avec ses ballades à la fois sensibles et délurées. On retrouve cet esprit sur "Fool" qui fait exploser sa mélodie avec fracas dans une ambiance de feu d'artifice sur un pont déchaîné. Enfin, "Breathless Words" est une superbe ballade au piano comme Ghinzu sait les faire, qui attaque le palpitant au plus haut niveau avec sa mélodie douce-amère et ses mouvements de cordes élégiaques qui apportent une très belle conclusion à l'album.


Si W.O.W.A pâtit du fait que, contrairement à ses prédécesseurs, il ne possède pas de titre iconique absolument marquant et mémorable, il permet à Ghinzu de réussir l'exploit de revenir après près de deux décennies d'absence. Sans exceller ni s'auto-parodier, le groupe prouve qu'il en a encore sous le capot (des dizaines de titres dorment encore sur les disques durs), de quoi largement alimenter les dix-sept prochaines années.



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