
Slash
Editeur : Camion Blanc
Date de sortie : mars 2011
Langue : Français
Né en 1965 en Angleterre, le petit Saul Hudson n’est pas né avec une guitare entre les mains. Loin de là. Il faudra attendre quelques années, après que sa famille ait décidé de rallier Los Angeles, pour qu’un banal cadeau - une guitare acoustique - se transforme en véritable obsession et fasse d’un jeune métis pas vraiment à la mode un des guitaristes les plus connus et reconnus au monde. En quelques années, ses riffs fiévreux teintés de blues et ses solos mélodiques au groove reconnaissable entre mille mettront le monde à ses pieds. Ce n’est pas compliqué, depuis les nineties, tout ceux qui sont en âge de gratouiller une six-cordes se sont essayés un jour ou l’autre aux arpèges de “Knockin’ On Heaven’s Door” ou à la suite d’accords de l’intemporel “Welcome To The Jungle”. Et à l’heure où Slash semble hésiter entre une carrière solo et un retour du Velvet Revolver en sempiternelle quête d’un chanteur, une rétrospective d’un des musiciens les plus doués de sa génération ne peut être que la bienvenue.
Mais pour ceux qui auraient au préalable jeté un œil au fraîchement sorti Guns N’ Roses : Une Saga Américaine, autant être clair. La première partie de ce Slash : Guns N'Roses, Snakepit, Velvet Revolver & La Fosse Aux Serpents Du Rock n’a que peu d’intérêt. Non pas que les aventures d’un des groupes de rock les plus sulfureux au monde ne soient pas passionnantes, bien au contraire, mais le parti pris de baser l’ouvrage sur une succession de témoignages et d’anecdotes glanés un peu partout sur le net ou dans des magazines, rend l’ensemble souvent très vague et forcément incomplet. Car si Axl Rose reste souvent mis sur le devant de la scène, faisant parler de lui autant par ses frasques que par ses déclarations, le véritable travailleur de l’ombre durant toutes ces années, celui qui donnait de son temps pour faire tourner le fan club ou qui se levait au milieu de la nuit pour répondre aux questions d’un journaliste appelant de l’autre bout du monde n’est autre que Slash. Certes, le bonhomme n’était pas un ange, loin de là, mais on est en droit de penser que son implication et son influence au sein des Guns allait beaucoup plus loin que les quelques faits relatés à travers ces lignes. Et forcément, on attendait beaucoup plus de détails sur cette partie de sa vie et sur l’artiste en lui-même.
Mais heureusement, dès que l’on commence à sortir de l’ombre des Guns et de son chanteur charismatique, l’intérêt du livre va grandissant et se focalise un peu plus sur le guitariste à frisettes et sur sa musique. Il faut dire qu’entre Slash’s Snakepit et le Velvet Revolver, l’artiste peut se vanter d’avoir réussi sa “reconversion” sur toute la ligne. Résultat, l’occasion est enfin donnée de se faire une idée sur le travail de l’artiste en studio, sur ses affinités musicales avec les membres de ses différentes formations, sur sa vision de la musique, du public et de l’évolution des techniques de production (Pro Tools et Cie). On découvre que même si Slash privilégie la spontanéité, nombre de ses solos étant enregistrés en une seule prise, il n’en reste pas moins un bourreau de travail. Que derrière l’image du personnage de cartoon qu’il s’est forgé au fil du temps, avec son gibus sur la tête, ses cheveux devant les yeux et sa bouteille de Jack Daniel’s dans la main, se cache en fait un type simple, avenant et timide.
Mais malgré cela, le plus gros défaut de cet ouvrage est de ne pas avoir mis à contribution son personnage central. Se limiter à rassembler le plus possible de morceaux d’interviews, à les trier, les organiser, ne remplacera jamais la vision et le recul qu’aurait pu avoir le guitariste sur la carrière qu’il a eu jusqu’à aujourd’hui. Car autant l‘avouer, on ressort de ce livre avec un léger sentiment d’inachevé. Comme une impression qu’il y avait certainement beaucoup plus à dire sur un artiste de cette envergure. Que certains passages, certains évènements voir certains traits de caractère méritaient d’être creusés plus en profondeur. Et si tout n’est pas à jeter, pour tous ceux qui en connaissent déjà un rayon sur Saul Hudson, on se contentera de dire que ces quelques pages ne leur apprendront pas grand-chose de plus. Pour les autres, elles resteront comme un premier aperçu permettant d’en apprendre d’avantage sur l’artiste sans perdre trop de temps.