The Gathering
Salle : Transbordeur (Lyon - Villeurbanne)
Première partie :
L’annonce, en novembre dernier, d’une célébration des 30 ans de Mandylion avait immédiatement provoqué une (petite) onde de choc dans le (petit) monde du metal atmosphérique. Voir The Gathering le temps de quelques concerts, son line-up emblématique avec Anneke van Giersbergen relevait presque de l’irréel. La preuve de l’événement : le magazine Rock Hard leur consacrait même sa couverture de décembre.
D’abord annoncée à travers quelques dates néerlandaises, cette “reformation” a rapidement pris l’ampleur d’une petite tournée européenne, enrichie de plusieurs festivals estivaux, dont le Hellfest. Pour les fans de longue date, évidemment, impossible de manquer ça. Vingt ans (!) après les avoir vus au Transbordeur lors de la tournée Home, retrouver les Néerlandais dans cette même salle Lyonnaise avait quelque chose d’un peu symbolique pour moi, et pour les nombreux fans venus en nombre. Initialement prévu à La Rayonne, le concert sera finalement déplacé au Transbordeur face à une demande largement supérieure aux attentes.
La soirée débute avec LizZard, chargé d’ouvrir pour un public déjà très dense dès 20h. La mission est délicate, mais le trio français s’en sort avec élégance. Entre metal progressif, atmosphérique et expérimentations plus aventureuses, le groupe semble d’abord légèrement impressionné par l’enjeu. Pourtant, très vite, la qualité du son, la puissance des riffs et surtout l’enthousiasme communicatif de Mathieu Ricou, Katy Elwell et William Knox emportent l’adhésion. Derrière une relative sobriété scénique, les sourires permanents des musiciens traduisent un plaisir évident d’être là.
Puis vient cette attente particulière, celle qui paraît interminable même lorsqu’elle ne dure qu’une demi-heure. Les premières notes de l’instrumental Mandylion plongent instantanément la salle dans un état de suspension. Lorsque les membres de The Gathering entrent en scène, suivis par Anneke van Giersbergen, c’est un frisson collectif qui traverse le Transbordeur.
Impossible de nier l’évidence : Anneke capte tous les regards. Pas par nostalgie, mais parce que sa présence scénique est fascinante de naturel et de chaleur. Il suffit d’observer les visages dans le public pour comprendre ce que représente cette chanteuse pour toute une génération de fans. Et pourtant, le groupe ne se réduit jamais à un simple backing-band. Comme souvent chez The Gathering, l’équilibre est là : la discrétion presque introvertie de René et Hans Rutten (guitare et batterie), Frank Boeijen (claviers), Jelmer Wiersma (guitare) ou Hugo Prinsen Geerligs (basse) contraste parfaitement avec la lumière dégagée par Anneke. René, notamment, bien qu’il ne prononce pas un mot de toute la soirée, s’impose régulièrement au centre du concert à travers des solos et des passages instrumentaux très attendus.
Le début du set fait naturellement la part belle à Mandylion. Un incident technique, la pédale de grosse caisse de Hans Rutten qui cède pendant In Motion 1, oblige même le groupe à recommencer le morceau après quelques secondes. Loin de casser le rythme, ce moment renforce la proximité avec le public, Anneke improvisant avec humour pendant le changement de matériel.
Heureusement, cette tournée anniversaire ne se limite pas à une relecture nostalgique du seul Mandylion. Le groupe a l’intelligence d’embrasser l’ensemble de la période 1995-2006, soit l’âge d’or artistique de The Gathering (donc avec Anneke). Le contraste entre les morceaux les plus heavy et les compositions plus aériennes rappelle d’ailleurs à quel point le groupe n’a presque jamais cessé d’évoluer. "Strange Machines" frappe toujours aussi fort sur scène, (quel riff tout de même), tandis que "Broken Glass" et ses touches électro tourbillonnantes transforment la salle en bulle émotionnelle légère et aérienne. À cet instant, difficile de ne pas remarquer les nombreux regards humides autour de soi.
Même des albums parfois considérés comme secondaires dans leur discographie trouvent ici une place de choix. Nighttime Birds et If_Then_Else sont représentés avec "On Most Surfaces", l’étonnant "Analog Park" ou encore "Saturnine" lors du rappel, morceau devenu au fil des années un véritable hymne officieux, malgré, ironiquement, son appartenance à l’album probablement le moins aimé de la période Anneke.
Ce qui frappe surtout tout au long du concert, c’est le bonheur évident des musiciens à rejouer ensemble. Rien ne paraît forcé, rien ne ressemble à une réunion opportuniste (même si elle l’est probablement un peu). Et puis il y a cette évidence vocale : la voix d’Anneke semble traverser le temps sans perdre ni sa précision ni son expressivité. Des morceaux les plus metal de Mandylion aux compositions les plus fragiles et aériennes, elle navigue avec une aisance déconcertante. Toujours avec ce même sourire lumineux, celui déjà visible sur les images du mythique concert du Dynamo 1996, concert fondateur et à l’importance toute particulière pour les fans.
La setlist est à la fois idéale… et forcément frustrante tant la discographie du groupe regorge de merveilles. Seulement deux morceaux de How To Measure A Planet?, certes, mais lorsque l’un d’eux est l’immense "Travel", joué dans une version absolument habitée, difficile de réellement s’en plaindre. Pendant quelques minutes, la salle semble littéralement flotter hors du temps.
Cette tournée anniversaire dépasse largement le simple cadre de la nostalgie. Ce qui s’est joué ce soir au Transbordeur relevait moins d’une reformation que d’une reconnexion : entre un groupe, sa chanteuse et son public, entre des chansons et les vies qui se sont construites avec elles pendant trois décennies. Et à voir les regards perdus, les sourires incrédules ou les yeux rougis par moments, il était évident que nous étions nombreux dans la salle à ne pas vivre ce concert de manière anodine. Pendant près de deux heures, The Gathering a rappelé pourquoi sa musique continue de traverser le temps sans perdre sa force émotionnelle. Rarement un groupe aura su rendre la mélancolie aussi lumineuse et la lourdeur aussi aérienne. La magie était bien là. Et en quittant la salle, une sensation persistait encore longtemps : celle d’avoir retrouvé, l’espace d’une soirée, une part de son soi adolescent, découvrant un soir de 1996, les premières notes de ce metal atmosphérique, de ce drôle de groupe : The Gathering. Merci The Gathering. Merci Anneke van Giersbergen pour ces souvenirs, ces émotions et ces voyages à bord de ces étranges machines.
Set-list :
Eleanor
Fear The Sea
In Motion 1
On Most SUrfaces (Inuit)
Broken Glass
Waking Hour
Probably Built In The Fifties
Analog Park
In Motion 2
Leaves
Sand And Mercury
Strange Machines
Rappel :
Travel
Saturnine







