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Billet Albumrock

Chris Rea - The Road To Heaven


Julien, le 23/12/2025

Il y a des artistes dont la disparition fait du bruit. Et puis il y a ceux dont le silence soudain se confond avec le lointain souvenir d’un paysage familier que l’on croyait immuable. Chris Rea appartient à cette seconde catégorie. Sa mort, annoncée hier soir, n’a rien d’un fracas médiatique : elle ressemble plutôt à un moteur qui s’éteint après des milliers de kilomètres.

 

Rea, le compagnon de la route. Le chanteur des trajets. L’artiste de la distance. De ce temps intermédiaire où l’on n’est plus tout à fait là, mais pas encore arrivé. De la féérie d’un retour à la maison pour Noël ("Driving Home for Christmas") à ces kilomètres plus sombres vers lesquels on avance sans illusion ("The Road to Hell").


Le charisme de sa voix chaude et éraillée n’avait rien de clivant ; bien au contraire, elle instaurait une connexion immédiate, un soutien aussi discret qu’évident. Une humanité partagée à travers des compositions majoritairement ancrées dans un blues au groove feutré, servi par une technique sûre et affûtée. Chris Rea n’a jamais guidé la route, il la rendait concrète.

 

Pendant longtemps, ses chansons ont été pour moi associées à des moments précis : des fins de week-end où la lumière tombe trop vite, des dimanches soirs où "Blue Café" semblait ralentir le temps, comme pour en accentuer la mélancolie. D’autres fois, c’était l’inverse : les départs, l’excitation d’une route qui promettait autre chose, portée par "Looking for the Summer". Chris Rea savait accompagner ces états contradictoires : la lassitude, la nostalgie, l’impatience.


D’une bande-son imposée aux kilomètres répétés, cette voix s’est déplacée : de l’arrière-plan vers l’intime. Aujourd’hui, elle ne rappelle plus seulement des trajets, mais ce qu’ils contenaient. Une "Auberge" sonore, faite de souvenirs qui continuent d’avancer, même lorsque la route s’est tue.

 

L’artiste laisse derrière lui une discographie impressionnante de près de vingt-cinq albums, tous porteurs du sceau d’une certaine idée de la pudeur musicale : classieuse, mais jamais tape-à-l’œil. Une conviction qui le verra, à deux reprises, atteindre les sommets des charts de son Angleterre natale. Des lauriers qui ne l’ont jamais réellement intéressé, lui préférant la fidélité à une flamme Blues revendiquée, jusqu’à l’enregistrement de onze albums dédiés à ce style en 2005.

 

Chris Rea nous transmet les tranches de vies qu’il a accompagnées. Celles que nous avons partagées avec lui non pas pour exister mais pour s’échapper ; pour avancer, avec sa voix et sa guitare comme horizon, fidèle et indélébile.

 

Et ce soir, quelque part entre souvenirs et kilomètres imaginaires, il me semble l’entendre rouler sur ce chemin vers lequel on ne pourra pas l’accompagner.

 

Bon voyage, Mr Chris Rea.

Commentaires
Atef , le 25/12/2025 à 18:34
Merci pour ce très bel hommage .