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Critique d'album

Led Zeppelin


In Through The Out Door


(15/08/1979 - Swan Song - Blues, Folk and Heavy Rock - Genre : Rock)
Produit par

1- In The Evening / 2- South Bound Saurez / 3- Fool In The Rain / 4- Hot Dog / 5- Carouselambra / 6- All My Love / 7- I'm Gonna Crawl
Note de 3/5
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Note de 4.0/5 pour cet album
"Transition vers l'utopie"
François, le 12/01/2026
( mots)

Utopie. Le terme renvoie souvent à un monde idéal, une expérience de pensée de plus en plus difficile à réaliser dans notre monde en crise qui s’en remet davantage à sa sœur jumelle, la dystopie. Étymologiquement parlant, utopie signifie avant tout "en aucun lieu", attestant ainsi de la nature purement spéculative de cette projection mentale et bien souvent, de cet exercice littéraire qui sort de l’imagination et apparaît dans les lignes de Thomas More, de François Rabelais (l’abbaye de Thélème), de Campanella, de Voltaire (l’Eldorado), ou encore de John Francis Bray. Cela ne signifie pas que l’utopie se cantonne aux pages des hommes de lettres et des philosophes, en témoignent les projets concrets des premiers socialistes (dits utopiques) anglais (Owen) ou français (Fourier, Cabet) aux États-Unis.


En ce qui nous concerne, l’utopie ne saurait être autre chose qu’une expérience de pensée, puisqu’aucune réponse ne sera apportée au mystère qui recouvre la suite de carrière de Led Zeppelin après un album aussi surprenant qu’In Through the Out Door. En effet, la mort de John Bonham en 1980 met fin à la carrière du combo, Coda n’étant qu’un simple testament, un hommage au batteur regretté, sous la forme d’une compilation d’inédits.


Et c’est là qu’intervient l’utopie, puisqu’à bien écouter In Through the Out Door, ce dernier apparaît comme un album de transition, marqué par des évolutions encore timides mais significatives dans le cheminement esthétique du groupe. Celles-ci sont d’abord dues à l’hégémonie de John Paul Jones sur le processus de création : le quatrième homme (bien souvent très injustement sous-estimé) devait compenser les capacités limitées de ses comparses aux prises avec des problèmes familiaux (Robert Plant a perdu son fils en 1977) et d’addictions (Jimmy Page avec l’héroïne et John Bonham avec l’alcool). Il ne faut pas non plus négliger les évolutions propres à l’ère du temps, d’autant plus marquées que Jones est claviériste, un instrument appelé à dessiner l’esthétique des années 1980.


L’ère du temps, c’est également un retour de flamme pour le hard-rock triomphant, mais aussi pour le rock progressif dans les sillons duquel le groupe s’était engouffré depuis le mitan de la décennie. Dix ans ont passé depuis le premier album du combo et le récent succès du Punk-Rock venait en effet remettre en question la domination des deux genres issus de la fin des 1960s, ainsi que de leurs représentants qui faisaient tout autant figure de monstres à abattre que de dinosaures. Il fallait faire trembler les empereurs millionnaires des stades et, du passé – les années 1970 – faire table rase. Une situation inconfortable pour Led Zeppelin alors invité, pour ne pas déranger, à revenir par la porte du fond, la poterne, les coulisses tout au plus - In Through the Out Door.


Un album de transition donc, mais vers où ? Vers quoi ?


Le contenu d’In Through the Out Door hélas, ne répond que partiellement à la question ou plutôt, offre des pistes contradictoires. En ouverture, "In the Evening" est en écho immédiat avec les opus précédents. On y retrouve d’abord les sonorités hypnotiques de "No Quarter", "Kashmir" ou encore "In the Light", puis le riff simple mais saisissant participe à construire l’architecture d’un grand titre. En arrière-plan, les synthés angéliques sonnent la fin de la décennie - voire le début de la suivante – mais ils rappellent aussi les couleurs du rock progressif alors déclinant. À ce titre, les dix minutes de "Carouselambra" illustrent d’autant plus l’attrait exercé par ce style sur le groupe que cette pièce Heavy et progressive est dominée par les claviers de Jones qui offrent de grands moments, même s’il convient de souligner les interventions de Page, entre arpèges genesiens et solo emphatique. De même, "I'm Gonna Crawl" est un étonnant slow final à l’esthétique légèrement progressive ; il gagne en puissance pour devenir véritablement Zeppelin-ien et synthétise bien l’évolution finale du combo. Cette dimension progressive se retrouve enfin dans les soli de claviers et de guitare acoustique de "All My Love", un titre d’une richesse mésestimée. Néanmoins, son identité esthétique très marquée par le style du groupe, est ici articulée à des aspérités pop, renforcées par des claviers orchestraux à la limite du kitsch.


Et c’est justement cette dimension pop qui confère à In Through the Out Door son statut d’album de transition. Tout se passe comme s’il s’agissait d’une fenêtre donnant sur un avenir potentiel mais jamais actualisé. "South Bound Saurez" renouvèle ainsi le boogie dans une perspective proche de Supertramp et du soft rock US, avec un côté "Anyone’s Daughter" lors du refrain quoique plus dynamique – une registre boogie que "Hot Dog" adopte dans une forme plus rock’n’roll et circassienne, à la fois véloce, humoristique, et où le chant de crooner offre trois minutes de bonne humeur. Plus encore, l’interprétation très pop de Robert Plant sur le syncopé "Fool in the Rain", accompagnée de sons de claviers innovants et proches d’un tournant FM (clavecins), sans parler de la bascule instrumentale latine (une samba inspirée par la Coupe du monde de 1978 en Argentine) voire caribéenne (il y a ici du "Bonzo's Montreux" avant l’heure). Malgré l’aspect très divertissant de ce titre, il ne faudrait pas négliger la dimension progressive de sa construction et de ses soli, qui le rend d’autant plus intéressant.


Selon nous, le groupe parvient parfaitement à adopter cette nouvelle direction pop pour le moins surprenante, mais il est vrai qu’au regard de ce que les années 1980 pouvaient leur promettre, il y avait un risque que tout cela tourne au désastre.


Qu’aurait donc proposé Led Zeppelin dans les années 1980 ? Peut-être est-il préférable que cette question reste cantonnée aux seules expériences de pensée, et qu’elle demeure une utopie sans réponse.


À écouter : "In the Evening", "Carouselambra", "All My Love"

Commentaires
Zamp007, le 11/01/2026 à 13:49
J adore et en plus les pochettes sont magistrales...