
Jean-Michel Brézovar
Rue du Salbert
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Le nom de l’artiste ne vous dit peut-être rien. Et pourtant, il s’agît d’un musicien qui a fait les plus belles heures du rock progressif français des années 1970 car il s’agît de Jean-Michel Brézovar, ancien guitariste du groupe Ange. Il sera membre du groupe de 1970 à 1977 et de 1987 à 1995. Mais, lassé de voir l’argent gagné par le groupe se dilapider dans la nature et constatant les différends s’accentuer entre lui et les frères Décamps, il décide de quitter l’aventure à la fin de la tournée à succès "Tome VI" de 1977. Que va-t-il faire maintenant ? Sans Ange, quelle maison de disques va vouloir le propulser avec un album solo ? Philipps lui tendra la main et c’est ainsi que sortira en 1978 l’album Rue du Salbert (du nom d’une rue à Belfort, fief d’Ange).
Avertissement aux fans, si vous espérez trouver du rock progressif à la sauce Ange, vous n’êtes pas du tout au bon endroit. Ici, pas d’univers médiévaux, de comtes déclamés ou de mélodies guignolesques (dans le bon sens du terme), la page est bien tournée. C’est peut-être pour cette raison que cet album n’a pas rencontré son public (c’est comme ça que l’on dit non ?) et sera boudé par les fans pur jus. Scandale, car cet opus vieux de 45 ans compte parmi ces pépites oubliées que l’on prend plaisir à (re)découvrir pour se rappeler qu’échec commercial ne rime pas avec échec artistique.
Jean-Michel Brézovar prend bien évidemment la guitare sur cet album, et s’essaie à de multiples registres, qu’il s’agisse de blues classique, de country ou de folk. Bien qu’il ait quelque fois prêté sa voix sur des albums d’Ange par le passé, il ne sera pas chanteur ici, le rôle étant réservé à un vieux copain, Thierry Sauvage. Sa voix colle d’ailleurs plutôt bien à l’ensemble, même si l’on pourrait parfois lui reprocher son manque de justesse et de puissance. On remarquera aussi l’accent frenchie qui fera sourire l’auditeur.
Car en effet, l’album est chanté totalement en anglais. Et musicalement aussi, l’ambiance qui s’en dégage est très similaire à certains albums de folk anglo-saxons de l’époque. On pense à Dire Straits sur le morceau introductif ("You’re Gonna Touch Me"), à Fleetwood Mac sur "Dusty Road" et aux plus grands classiques du blues revus et corrigés à la perfection sur "You Got Home" où l’ajout de claviers apporte une touche inattendue qui transporte l’auditeur au cours d’un refrain merveilleux. Ce morceau est à l’image de l’album tout entier : parfaitement rythmé, aux arrangements intéressants, par des musiciens précis ; bref, un vrai moment de musique.
On retrouve tout de même le Brézovar qu’on a connu, l’ancien Ange, l’excellent guitariste, discret, expressif et qui a su développer sa propre pâte. A cet égard, admirons l’ambiance créée sur le morceau "Down In The Corner". Calme, apaisé, maîtrisant le crescendo, Brézovar nous prouve à nouveau ses talents sur la pièce la plus "progressive" de l’album. Le son de sa guitare, tout à fait singulier, se marie parfaitement aux claviers sur une balade amoureuse empreinte de volupté et de délicatesse ("Lovely Song").
Seul "Easy Come, Easy Go" dans son style rockabilly un peu dépassé, bien qu’exécuté correctement, aurait pu passer à la trappe. Elle demeure agréable à écouter mais reste bien en-dessous du reste de l’album.
En résumé, je vous recommande vivement de jeter une oreille sur cet album méconnu, voire totalement inconnu, sauf peut-être de la part certains fans d’Ange qui seront aussi devenus, après l’écoute de cet album, des fans de Monsieur Jean-Michel Brézovar.