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Critique d'album

Fontaines D.C.


Skinty Fia


(22/04/2022 - - Post Punk - Genre : Rock)
Produit par

1- In ár gCroíthe go deo / 2- Big Shot / 3- How Cold Love Is / 4- Jackie Down The Line / 5- Bloomsday / 6- Roman Holiday / 7- The Couple Across The Way / 8- Skinty Fia / 9- I Love You / 10- Nabokov
Note de 4/5
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Note de 4.5/5 pour cet album
"La damnation du cerf "
Mathieu, le 09/05/2022
( mots)

"Skinty Fia", littéralement la damnation du cerf, est plus communément une injure Gaélique utilisée pour laisser transparaître la déception et le dégoût. “For fuck’s sake!” en bon anglais (et avec l’accent s’il vous plait !). Après Dogrel, véritable ode à leur patrie irlandaise autour de son pub-punk bien senti, et dans le sillage de la mélancolie intelligente et disparate de l’acclamé A Hero’s Death (y compris au sein de la rédaction d’Albumrock !), les cinq gaillards de Fontaines D.C. semblaient bien décidés à insuffler à leur dernier disque une dimension bien plus engagée. C’est en levant le voile sur "I Love You", en février dernier et 2 mois avant l’album, que l’on commençait à entrevoir cette volonté de frapper plus fort, jouant le jeu de la chanson d’amour pour tacler leur pays, autrefois idolâtré mais désormais rongé par une élite fébrile... Skinty Fia !


Alors que A Hero’s Death avait été mis en forme sur la route par un collectif fatigué, impatient de retrouver ses terres d’origine et accaparé par l’ascension fulgurante qu’on leur connait, ce nouveau cru composé en toute volonté en dehors de l’Irlande (à Londres plus précisément) se dote naturellement d’un regard bien plus critique. Brian Chatten, façonnant ses textes autour d'une sorte de poésie désabusée, trouve plus d’une fois l’inspiration dans la littérature Gaélique, plus précisément auprès du dramaturge William Butler Yeats. La volonté de partager toute la richesse de leur bien aimée culture Irlandaise est palpable, d’un hommage bien senti à James Joyce ("Bloomsday", quasi Shoegaze), fameux écrivain du 20e siècle né à Dublin à "In ár gCroíthe go deo" (dans nos cœurs à jamais), contant l’histoire de cette inscription controversée qui n’a pu être gravée sur la tombe d’une femme Irlandaise enterrée en Angleterre, de peur par l’église de le voir se transformer en slogan politique.


Mais venons en au fait. Outre les mots et l’île d’émeraude, Fontaines D.C. c'est une ambiance et une musicalité bien particulière, que les musiciens ont su développés au fil des années, portée par la voix si caractéristique de Chatten. Presque monocorde et constamment incisif sur Dogrel, le ton s’est adouci, est devenu plus sûr aussi, n’hésitant plus à aller capter une fibre bien plus émotionnelle ("Oh Such A Spring" et "No", non dénués de sensibilité sur leur Sophomore).


Débordant désormais de nuances, celui-ci s'est résolu à moduler son chant pour se frotter à un phrasé oscillant entre ombre (ce timbre grave entre aperçu sur "Living in America" en 2020 prend tout son sens sur le morceau titre de ce nouveau disque), et lumière, plus mélancolique aussi, parvenant à imposer un flow devenu imparable. Quelle puissance sur les couplets scandés de "I Love You" et son accent irlandais encore plus badass que les gros durs de l’IRA dans Peaky Blinders! Chatten a travaillé et laisse transparaître toute la maîtrise de son organe, dans les aigus ("Jackie Down The Line"), mais c’est tout de même lorsqu’il use de son ton le plus sombre qu’il se fait le plus captivant. Hypnotique sur "How Cold Love Is", l’un des plus grands moments de cette nouvelle production, où guitares glaçantes, dignes représentantes d'une cold wave assumée, viennent se mêler de la partie (allez faire faire un tour du côté de "Stinky Fia" aussi, la ligne de guitare vaut le détour).


Car en plus de son chant bien senti, le groupe, qui a désormais mis de côté les brûlots punks expéditifs, semble avoir franchi le dernier cran les séparant de la quasi-perfection artistique en étoffant la charge émotionnelle de leurs propos et en se tournant d'avantage vers les mélodies. Souvent construites autour d’une poignée d’accords, les structures certes s’allègent, mais viennent désormais piocher leur essence dans une sincérité sans précédent, renforcée par une mélancolie omniprésente et la finesse de certains tours de passe passe mélodiques. Impossible de passer à côté du frisson déclenché par la transition tonale mineur/majeur à 3:27 du morceau titre, magistralement menée par ses chœurs mystiques. Impossible aussi de ne pas jubiler lorsque la brume ambiante se dissipe pour laisser place au riff solaire de "Roman Holiday", Stones Roses au bout des doigts.


Fontaines D.C. a résolument trouvé sa formule, se délectant d’une musique fidèle à son image et en définitive riche en expérimentations. De l’industriel "Skinty Fia" borderline avec la Trip-Hop à l’épuré accordéon-voix (oui oui!) "The Couple Across The Way", qui, si l’on voulait trouver un petit défaut à ce disque, aurait très certainement gagné à être écourté pour constituer un parfait interlude, en passant par les réverbs’ du puissant "Nabokov" ou du planant "Big Shot", le tout se voit par dessus tout renforcé par la production millimétrée de Dan Carey (que l’on ne présente plus), qui prend une nouvelle fois tout son sens en collaboration avec nos 5 musiciens.


Certains parleront de magnum opus pour évoquer le troisième album des Fontaines D.C. mais dieu sait ce que le groupe cache encore dans ses placards. Dans tous les cas et alors que certains artistes mettent des années avant de trouver le bon filon, nos Irlandais se seront contentés de 3 ans et 3 disques pour évoluer vers une indiscutable maturité et venir siéger, qui plus est, au sommet de la scène indie britannique. En s’imposant comme le groupe irlandais du moment (les nouveaux U2 dit-on... Soit ! En espérant un avenir un peu plus glorieux tout de même !), les Fontaines D.C. se délaissent définitivement de leurs influences juvéniles pour creuser indubitablement leur propre sillon dans l’histoire du rock. Avec ses ambiances, ses textes et une bonne dose de culture Irlandaise, Skinty Fia constitue très probablement déjà l’une des toute meilleures réussites de l’année ! De bonne augure pour les Albumrock Awards ! A bon entendeur...


 


A écouter : "In ár gCroíthe go deo", "How Cold Love Is", "Roman Holidays", "I Love You"

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