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Critique d'album

BrokenTeeth


How To Sink Slowly


(23/04/2023 - Poclanos - Shoegaze, Slowcore, Post-Rock - Genre : Pop Rock)
Produit par BrokenTeeth

1- The Sun is Setting / 2- 138 / 3- walkerrrr… / 4- Sunset Strike / 5- Two Lines / 6- Sleepwalk to Sink / 7- Farewell To A Long Night / 8- Heaven Express(again) / 9- Spring / 10- How to Avoid The Bends
Note de /5
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Note de 3.5/5 pour cet album
"La nouvelle scène shoegaze coréene dans sa forme la plus essentielle"
Valentin, le 29/06/2023
( mots)

"The Sun is Setting" suggère une solitude malheureuse, accompagnée d’aubes éphémères et de crépuscules infinis. Les guitares y répètent leur partition intarissable, feignant la patience en noyant le chant profondément anéanti de Kim Minha, dont les quelques paroles tangibles laissent deviner la profonde désaffection du musicien envers lui-même et le monde qui l’entoure. Un ennui existentiel, un regard tourné vers le vide à travers lequel on voit se succéder sans passion des tâches assommantes et des loisirs quelconques. Le musicien semble s’éteindre progressivement dans cette routine, la main contre la joue au fond d’un train bruyant, jusqu’à l’embrasement espéré. Un débordement finalement délicat et sans fracas, sans colère : la voix se détache naturellement de sa prison de chair, libérant ces émotions autrefois enterrées avant de contempler sagement un idéal de quiétude. Lorsque l’on vacille entre la douceur et le chaos de cette manière, il y aura toujours le shoegaze, avec ses cordes sourdes et ses courbes éthérées, pour évoquer les adversités qui nous forcent à grandir. 


Ce sous-genre au succès inachevé a connu un regain d’intérêt à partir des années 2010, en premier lieu grâce au retour de ses icônes My Bloody Valentine, Ride et Slowdive, mais aussi avec l’émergence de nouvelles formations en occident puis en Asie, particulièrement au Japon (Mass Of The Fermenting Dregs, Kinoko Teikoku, My Dead Girlfriend et Tokyo Shoegazer) où l’attachement au rock alternatif reste stable depuis au moins quarante ans. Plus récemment et dans un contexte de confusion inhérent à la pandémie, le shoegaze a su trouver un écho touchant et curieux auprès d’une autre jeunesse, comme le témoigne le succès démesuré de "When You Sleep", "Heaven or Las Vegas", "Allison" ou "When The Sun Hits" sur le réseau social TikTok. Le phénomène entraîne ainsi le développement d’une nouvelle vague d’artistes et de scènes localisées, notamment en Corée du Sud à Séoul, dans le sillage du succès d’estime de Parannoul et de son deuxième album To See The Next Part Of The Dream paru en 2021.


On sait peu de choses du coréen Brokenteeth, de son vrai nom Kim Minha, si ce n’est qu’il fait partie intégrante de ce microcosme, principalement aux côtés de Asian Glow, Della Zyr et donc Parannoul, pour qui il joue de la guitare lors de rares prestations live. La majorité de ces artistes affichent spontanément des ambitions progressistes dans leur approche du genre, le réconciliant ainsi avec ses origines néo-psychédéliques tout en l’imprégnant de paysages synthétiques contemporains et de thématiques inspirées du midwest emo, à l’image des vapeurs numériques de After The Magic (Parannoul) ou des hallucinations folk de Nebulous You (Della Zyr).


Kim Minha, lui, se distingue paradoxalement par une démarche plus conventionnelle et moins sinueuse. How to Sink Slowly présente alors un shoegaze épuré, mélodique, sentimental, une pop brumeuse aux tempos tendres et à la forme libérée. Les guitares n’abusent pas de la distorsion et s’expriment généreusement tout au long de l’album, sans donner dans la démonstration. Le teint est clair, soigneux, propice à l’empathie, même lorsque les compositions se densifient. Brokenteeth s’est attaché à enregistrer lui-même la majorité des éléments du disque, des instruments aux lignes vocales, et même si son timbre léger a tendance à rapidement s’évanouir dans la brume, comme souvent dans ce climat musical, on en tire finalement l’essentiel : la fragilité, la sensibilité, la douceur. "138" incarne ainsi la tension au cœur du shoegaze dans sa forme la plus évidente et sans doute la plus attendrissante, avec ces harmonies impalpables qui surnagent dans un océan de saturation et de mélancolie.


Ce deuxième album évolue globalement dans cette même formule essentielle et accomplie, mais le travail du coréen ne se limite pas pour autant à une imitation facile de ses modèles ou à une version simplifiée de l’histoire qu’il invoque, même si on regrette épisodiquement des références trop apparentes ("Sleepwalk to Sink", hommage extrême au Souvlaki de Slowdive). De ses tournures les plus recueillies à ses relâchements cathartiques, How To Sink Slowly passionne lorsqu’il prend le chemin d’un post-rock nébuleux (les arpèges étincelants, le rythme robuste de "Spring") et désarme quand il s'enfonce lentement dans un spleen sans lumière ("The Sun is Setting", "How to Avoid the Bends"). Kim Minha peut également se permettre d'étouffer le bruit au profit de son chant mince et élancé, comme sur le dramatique "Two Lines" : on partage parfois les élans nostalgiques au point de se dissocier dans ces reflets de guitare bleutés, malgré une langue difficile à appréhender pour notre condition francophone.


Pourquoi se préoccuper spécifiquement de cette scène sud-coréenne ? Notre intérêt se limite-t-il à un snobisme teinté de d'exotisme ? A l’occasion d’une interview pour rateyourmusic.com, Parannoul propose une explication relativement pessimiste de son succès : «À mon avis, la raison pour laquelle ma musique a autant plu en dehors de la Corée est un mélange de mon parcours, d’une histoire de "fantaisie" à propos de l’orient, et d’une combinaison un peu rétro de genres sur le déclin. C’est aussi très probable que les paroles se soient affinées à travers la traduction vers l’anglais, là où les Koréen peuvent plus facilement trouver des raisons de les rejeter. Je ne pense pas que ces raisons soient mauvaises, mais je pense quand même que ma musique est surestimée. [...] Je crois qu’il y a beaucoup de personnes qui ont développé une soi-disant "fièvre asiatique" avec la K-pop et la culture Japonaise. Il peut aussi exister des personnes qui soient simplement intéressé par l’idée "d’asiatiques inconnus qui jouent des styles musicaux d’origine étrangère" (en l'occurrence, shoegaze et emo).»


De nombreux mécanismes s’enclenchent en effet lors de la découverte d’une œuvre en apparence aussi ésotérique. En échange d’une insouciance consentie à l’égard du style d’écriture, il faut composer avec les couleurs que le musicien nous offre et fabuler soi-même le tableau instillé : c’est donc naturellement que beaucoup traceront des contours déformés par des stéréotypes orientalistes, ou par de simples enjeux de distinction valorisant l’attachement à créations lointaines et peu connues. On peut facilement être témoin d’obsessions systématiques comparables à une forme de fétichisme culturel, phénomène qui atteint particulièrement l’Asie de l’est depuis quelques décennies et qui mène à un certain aveuglement envers la réelle nature des qualités recherchées : tous les artistes finissent par se ressembler ou s’oublier lorsque l’attachement se construit sur de mauvaises raisons.


Dans le cas présent, cette nouvelle scène coréenne n’a musicalement rien d’opaque et les petites révolutions qui s’y opèrent restent significatives, ou en tout cas suffisamment pertinentes pour mériter d’être soulignées en dehors du pays du matin calme. Sans partager l'innovation débordante de ses collègues, Brokenteeth exprime sa singularité dans les subtilités d’un shoegaze honnête mais fondamentalement maîtrisé. Son aisance mélodique touche instantanément, d’une manière que l’on retrouve finalement beaucoup trop rarement chez ses homologues occidentaux, et ses contraintes semblent moins subies qu'épousées : pour toutes ces raisons, How To Sink Slowly constitue la point de départ idéal de cette nouvelle scène shoegaze coréenne qui n'a pas terminé de nous plonger dans leurs rêves.


À écouter : "Two Lines", "138", "Spring", "The Sun is Setting"

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