
Led Zeppelin - The Songs Remain the Same ?
- Introduction
- Release party des rééditions en présence de Jimmy Page (Olympia 21.5.14)
- Rééditions épisode I : Led Zep I
- Rééditions épisode I : Led Zep II
- Rééditions épisode I : Led Zep III
Release party des rééditions en présence de Jimmy Page (Olympia 21.5.14)
par Alan Beyer et Steven Jezo-Vannier Live report de la soirée de lancement mondial de la campagne de réédition et de remastérisation des trois premiers albums de Led Zeppelin qui s'est tenue le 21 mai 2014 à l'Olympia, en présence de Jimmy Page.20h30 tapantes, salle de l'Olympia. Les lumières s'éteignent, les retardataires s'installent précipitamment. La sono est poussée au maximum, la furie du zeppelin de plomb résonne dans le théâtre, quarante-cinq ans après que le groupe légendaire y ait fait ses premiers pas, en octobre 1969. Le choix de l'Olympia pour cet événement « historique » — ce n'est pas moi qui le dis, mais le maître de cérémonie – n'est pas anodin. Comme l'expliquera Jimmy Page en cours de soirée, le concert donné par Led Zeppelin en octobre 1969 fut le premier donné en France et le tout premier enregistré en multipistes (grâce à Europe n° 1). “L'énergie avait été grandiose ce soir-là, se souvient le guitariste. Il y avait une sorte de communion entre le public et les musiciens et entre les membres du groupe eux-mêmes." Les fans, et notamment les fans français, connaissent bien ce bootleg ; il sort désormais de l'ombre et, passé entre les mains expertes de Page, il servira de "disque bonus" ou "disque compagnon", comme il préfère le dire, à la remastérisation de Led Zeppelin I.
Après quelques vidéos de présentation montées pour l'occasion — on retrouve quelques éléments du fameux double DVD publié en 2003 — le traducteur s'avance et coupe-court aux minces illusions, aux maigres espoirs qui demeuraient chez certains : "Jimmy ne prendra pas sa Les Paul ce soir, il ne vous parlera pas avec sa guitare, mais avec ses propres mots pour vous présenter son travail de remastérisation." Jimmy Page, chérissant depuis toujours sa créature, s'est remis au travail, vingt ans après qu’il ait lui-même contrôlé la première remastérisation, nécessaire à la sortie en compact disc. Cette fois encore, il a orchestré lui-même le traitement du son, à partir des pièces originelles, pour "s'adapter aux avancées technologiques et aux nouveaux supports". Il souligne encore : "C'est aussi l'occasion de parvenir à un niveau supérieur de qualité, de mettre en avant la précision et la puissance du duo guitare-batterie". Il a également fouillé ses archives, ouvert quelques cartons, dont un, sans inscription, qui conservait précieusement des pièces d'exception, "ma plus belle trouvaille" confiera-t-il au cours de l'interview. Ce "bijou" date des enregistrements de l'épique Achilles Last Stand de 1976. Mais il n'en dira pas plus, il faudra attendre les remastérisations des autres albums pour en découvrir le contenu – un avenir qui reste encore flou, aucune date n'ayant été dévoilée.

La diffusion débute avec quelques pistes des bonus de Led Zeppelin I, tirées du live de L’Olympia de 1969. Les premières notes de "Good Times Bad Times" débouchent vite, comme souvent, sur l'incontournable "Communication Breakdown". Le riff qui sort des enceintes tranche l’air à un volume digne de la furie du Zeppelin. À l’écoute de cette version, exécutée avec hargne et maîtrise, on parvient presque à ressentir l’ambiance sulfureuse qu’a connue la salle quelque quarante-cinq années auparavant. Il devient difficile de discerner l'engouement présent des applaudissements passés, préservés par l'enregistrement.


Suit une alternate tape de "Whole Lotta Love", tirée des bonus du deuxième album. Mis à disposition du public sur la chaîne YouTube du groupe depuis quelques jours, ce prémix du morceau le plus emblématique de Led Zeppelin II, si ce n'est de toute la carrière du groupe, se voit malheureusement amputé de son solo, le break n’étant mené que par la section rythmique. Qu’à cela ne tienne, le public ne boude pas son plaisir et se laisse embarquer par ce gargantuesque morceau, entonnant en chœur l'intégralité des paroles.

La séance s'achève sur une surprise de taille, un titre totalement inédit : "Key to the Highway/Trouble in Mind". C'est l'une des véritables nouveautés de ces remastérisations. Ce medley de "Key to the Highway" de Charlie Segar, déjà repris maintes fois par Clapton et les Stones, et de "Trouble in Mind" de Thelma La Vizzo et Richard M. Jones, est un vibrant "hommage au country blues du Delta du Mississippi" auquel Led Zeppelin doit tant, comme le rappellera plus tard dans la soirée le guitariste. Cette nouvelle chanson est aussi un clin d'œil à l'osmose du duo Page et Plant. On y retrouve les deux hommes seuls, sans accompagnement, Jimmy menant l'affaire sur une guitare slide acoustique, et Robert alternant entre chant et harmonica. Il s’en dégage une atmosphère mystique, conférée par la voix lancinante de Plant qui passe ici au travers d’un ampli Vox. En résulte un blues lancinant au climat presque vaudou et lugubre, digne des maîtres du Delta tels Charley Patton ou Robert Johnson.
La lumière revient, Page et son traducteur font leur retour sur scène, applaudis vigoureusement. Ils s'installent sur deux confortables fauteuils et entament un échange – rappelons-le, cette soirée privée réservée aux professionnels français et à quelques gagnants de concours radiophoniques n'est ni plus ni moins qu'une grande conférence de presse mondiale retransmise en direct sur le site du groupe. Les deux hommes débutent l'entretien par une présentation des éléments concernés par la sortie mondiale du 2 juin prochain : les trois premiers albums (puisqu'il ne s'agit que de ceux-ci pour le moment) retraités seront accompagnés chacun de leur « disque compagnon ». Il était hors de question de polluer l'album original en insérant des bonus sur le même disque, comme le font trop de labels. Chaque album-bonus est pourvu d'une nouvelle jaquette, un « négatif » du modèle initial (Page préfère l’appellation de pochette "inversée", chaque disque compagnon offrant une image inverse de son original). Chacun d'eux offre un contenu en lien avec son LP de référence. Les disques II et III seront donc composés d’enregistrements alternatifs et de rares inédits ; quant au premier, il sera uniquement constitué du live de l'Olympia 1969, Jimmy Page avouant que "tout le matériel sonore a été utilisé à l’époque pour Led Zep I, on a enregistré très vite et sans surplus", du coup, aucune autre piste alternative de qualité ne subsiste des sessions d’enregistrement de l’automne 1968. Le tout sera évidemment – recherche de profits oblige – décliné en CDs, vinyls, Blu-Ray audio, et coffrets supercollectors, vendus, on l'imagine, à prix d'or.

La présentation du coffret débouche sur une courte interview du guitariste d’une vingtaine de minutes. Basée sur des questions de fans reçues via le Facebook du groupe et, cela va de soit, triées à l'avance, elle ne nous apprendra guère de choses.
Après une heure quarante, la soirée se conclut avec une diffusion de la même alternate tape de "Whole Lotta Love", cette fois-ci accompagnée de la vidéo promotionnelle officielle, une somme d'extraits de concerts rassemblés spécifiquement pour la campagne de rééditions.
On attend avec impatience et gourmandise la sortie des albums et surtout de leurs bonus qui, contrairement à tant d'autres, promettent de vrais frissons, notamment du côté des inédits qui, certes rares, n'en seront pas moins de grande qualité. L'écoute de "Key to the Highway/Trouble in Mind" porte à croire qu'il ne s'agit pas de titres écartés à l'époque pour leur médiocrité, mais pour leur style, en décalage avec le reste des disques. La conférence n'a pas révélé l'intégralité des contenus, les spéculations sont donc toujours de mise. On espère notamment découvrir les deux titres inédits chantés par John Paul Jones qui ont été récemment retrouvés par Robert Plant, et que Jones avait toujours refusé de voir publiés. On raconte qu'il aurait même « supplié » Page de ne pas les sortir, le guitariste tiendra-t-il ses promesses ou cédera-t-il à son envie et celle du public ? Réponse le 2 juin.
