Karnivool
Voilà un concert qui suscitait une attente particulière : non seulement parce qu’il marquait le retour de Karnivool au Bataclan, après une prestation déjà remarquable en 2023, mais surtout parce qu’il devait enfin permettre de découvrir sur scène les morceaux de In Verses, premier nouvel album du groupe australien après treize longues années d’absence discographique. Cette fois, aucun contretemps ne sera venu perturber le déroulement de la tournée européenne : le concert parisien a bien eu lieu à la date prévue, avec en ouverture les Canadiens d’Intervals, judicieusement choisis pour assurer la première partie.
Un choix particulièrement pertinent au regard du public présent ce soir-là, composé de nombreux amateurs de metal progressif, comme en témoignaient les T-shirts de Haken, Leprous ou TesseracT disséminés dans la salle. Dans ces conditions, Intervals n’a eu aucun mal à séduire l’audience grâce à son metal instrumental technique et foisonnant, mêlant rythmiques acrobatiques et lignes mélodiques complexes. Malgré cette virtuosité omniprésente, le quatuor canadien conserve une approche relativement accessible - toutes proportions gardées - grâce à un sens aigu de la mélodie, porté notamment par les envolées de guitare soliste, mais aussi via une esthétique résolument moderne, ponctuée de samples électroniques introduisant chaque morceau. Le groupe prend également soin de faire varier les dynamiques au sein même de ses compositions, alternant brusquement entre passages atmosphériques et véritables déflagrations sonores. Les séquences plus épurées permettent d’apprécier pleinement la technicité de chaque musicien, avant que l’ensemble ne replonge dans un maelström instrumental aussi précis qu’efficace.
Les six membres de Karnivool font leur entrée sur scène peu avant 21 heures dans un Bataclan plein à craquer, de la fosse jusqu’aux balcons. L’ambiance est électrique face à un public manifestement connaisseur, et le groupe ouvre les hostilités avec "Ghost", premier extrait de In Verses. S’il n’y avait guère de doute à ce sujet, les nouvelles compositions des Australiens confirment immédiatement leur redoutable efficacité en live, mettant en lumière tout ce qui fait la singularité de Karnivool : une puissance de frappe impressionnante, un sens aigu du contraste et ce groove si caractéristique.
Une large partie du nouvel album sera ainsi interprétée au fil du concert dans des versions extrêmement fidèles aux enregistrements studio, servies par la précision d’exécution et le perfectionnisme que l’on connaît au groupe mené par Ian Kenny et Drew Goddard. Mention spéciale à "All It Takes", single dévoilé il y a déjà plusieurs années et joué dès la tournée précédente : une fois apprivoisé malgré la complexité de ses signatures rythmiques, le morceau se révèle d’une efficacité redoutable et d’une puissance saisissante sur scène.
Aussi réussi soit In Verses, il apparaît néanmoins évident que Sound Awake conserve une place à part dans la discographie des Australiens. Et ceux qui pouvaient encore en douter ont rapidement été convaincus : des titres comme "Simple Boy" ou "Goliath" mettent instantanément tout le monde d’accord et font encore monter l’intensité au sein d’une foule déjà totalement acquise à la cause du groupe.
Le public aura également droit, pour son plus grand plaisir, à plusieurs incontournables issus de Themata, premier album du combo de Perth. Ces morceaux aux accents néo-metal finissent définitivement de faire exploser la salle, déclenchant les réactions les plus virulentes de la soirée.
J’avais d’ailleurs exprimé ma frustration après le concert de 2023 face à l’absence d’un titre comme "We Are" dans la setlist. Mon souhait aura finalement été exaucé ce soir-là. De toute évidence, le morceau reste particulièrement difficile à retranscrire sur scène en raison de sa structure atypique et de son approche mélodique parfois volontairement insaisissable. Mais c’est précisément ce qui fait toute sa richesse : au fil des écoutes, "We Are" dévoile progressivement toute sa profondeur, jusqu’à ce final bouleversant porté par des harmonies vocales complexes. Sans retrouver totalement l’ampleur émotionnelle de la version studio, cette interprétation confirme néanmoins, une fois encore, l’immense maîtrise technique et la sensibilité musicale du groupe australien.
Là où bon nombre de groupe auraient gardé leurs titres les plus virulents pour la fin, Karnivool au opte au contraire pour un bouquet final tout en finesse et en émotion avec l’enchainement "Opal" / "Salwa" (qui clôt également In Verses). L’occasion de profiter de la prestation vocale d’un Ian Kenny toujours aussi juste et investi, jusqu’au final instrumental grandiose et ses délicieux élans celtiques.
Le groupe australien livre ainsi, une nouvelle fois, une prestation scénique de très haut niveau, confirmant non seulement sa réputation, mais aussi l’impression que le temps semble n’avoir aucune prise sur lui. Un concert largement à la hauteur des attentes, qui ne laisse désormais qu’un seul souhait : ne pas devoir patienter treize années supplémentaires avant un nouvel album.
Setlist :
Intervals :
1. Neurogenesis
2. Nootropic
3. galaxy brain
4. Leave No Stone
5. Mata Hari
6. Epiphany
7. mnemonic
8. chronophobia
Karnivool :
1. Ghost (In Verses)
2. Simple Boy (Sound Awake)
3. Aozora (In Verses)
4. Goliath (Sound Awake)
5. Drone (In Verses)
6. We Are (Asymmetry)
7. Deadman (Sound Awake)
8. All it Takes (In Verses)
9. Animation (In Verses)
10. Themata (Themata)
11. Roquefort (Themata)
12. New Day (Sound Awake)
13. Opal (In Verses)
14. Salva (In Verses)







