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Critique d'album

Mastodon


Hushed and Grim


(29/10/2021 - - Sludge / stoner / progressif - Genre : Hard / Métal)
Produit par

1- Pain with an Anchor / 2- The Crux / 3- Sickle and Peace / 4- More Than I Could Chew / 5- The Beast / 6- Skeleton of Splendor / 7- Teardrinker / 8- Pushing the Tides / 9- Peace and Tranquility / 10- Dagger / 11- Had It All / 12- Savage Lands / 13- Gobblers of Dregs / 14- Eyes of Serpents / 15- Gigantium
Note de 5/5
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Note de 4.5/5 pour cet album
"Pauca meæ"
François, le 16/12/2021
( mots)

"Nous venons de le dire, c’est une âme qui se raconte dans ces deux volumes : Autrefois, Aujourd’hui. Un abîme les sépare, le tombeau." Ainsi se clôt la préface des Contemplations, recueil introspectif de Victor Hugo, œuvre profondément marquée par la mort de sa fille Léopoldine, noyée dans la Seine en 1843 alors qu’il revenait d’Espagne. "Mémoires d’une âme" divisées en deux volumes comme Hushed and Grim est séparé en deux albums, Les Contemplations dépassent la simple expérience d’un deuil ("Le vrai, l’unique : la mort ; la perte des êtres chers") bien qu’il soit l’impulsion originelle, de même que le huitième opus de Mastodon ne se limite pas à l’empreinte causée par la perte de leur manager Nick John, sujet central du double album. 


Comme les poèmes et les différentes parties de son recueil retracent les inspirations et le parcours de l’aède romantique, les quinze titres renvoient à différentes facettes du groupe, à des styles ou des périodes différentes, comme pour retracer le travail accompli avec le membre de l’ombre désormais disparu. Comme dans un tombeau, tout mène à la partie centrale, celle concentrée sur la mort, - elle s’intitule "Pauca Meae" chez Hugo - mais les chemins pour l’atteindre peuvent être aussi divers que tortueux. 


Ainsi, la diversité stylistique est de mise au sein de ce double-album exigeant, difficile à apprivoiser en intégralité tant sa densité, plus encore que sa longueur, est insondable. 


On pourra se laisser emporter par les relents pop du sublime "Teardrinker" et ses paroles évocatrices ("Leaving You Behind Is the hardest thing I’ve Done") n’ayant d’égales que le surprenant solo de basse qui n’a de cesse de faire vibrer ses cordes par des sons savamment travaillés. Ce registre peut-être un peu plus accessible (avec toute la relativité nécessaire à cet adjectif) se retrouve sous une autre forme avec le mélancolique "Had It Hall" et ses arpèges élégants. 


On pourra également choisir la porte d’entrée qui nous est offerte par le groupe, et se lancer dans "Pain with an Anchor", hypnotique à souhait et peut-être davantage marqué par la patte de Mastodon. Celle-ci s’entend également au long de "The Crux" aussi radical qu’aérien, sur le lourd "More Than I Could Chew" à l’introduction pleine d’étrangetés et au final mélancoliquement épique, sur le martellement efficace de "Pushing the Tides", sur la suspension rythmique offerte par un "Sickle and Peace" envoutant, sur la sauvagerie infernale de "Savage Lands". 


Mais ce n’est pas tout, d’autres voies plus originales encore nous sont tracées. Un folk presque country et bluesy sur "The Beast", avec son solo classique et ampoulé, qui détonne face à "Dagger" et son univers hindoustani et oriental, comme un voyage improbable dans des contrées aussi magiques, ésotériques, qu’angoissantes. 


Mastodon développe enfin son tropisme progressif, comme un écho à Crack the Skye (2009) composé pour exorciser une autre mort. Il s’agite sur le moment de répit qu’est la ballade "Skeleton of Splendor" avec son solo de synthés ou à travers la virtuosité typique du Metal progressif sur l’impressionnant "Peace and Tranquility" aussi bien en termes de technique que de surprises structurelles. 


Puis il y a la trilogie conclusive, qui démarre sur le long "Gobblers of Dregs" (plus de huit minutes), passant d’une première partie très soutenue question tempo, où les chants s’alternent parfaitement et les claviers enivrent l’auditeur, à une seconde presque Rushienne, dont la légèreté du riff contraste avec la lourdeur des débuts. Ensuite, "Eyes of Serpents" poursuit la valse hypnotique, cheminant vers un "Gigantum" final, condensé symphonique du chef-d’œuvre achevé. 


Car en plus de cette incroyable complexité et diversité au sein de l’album et des différents titres, il est à noter que Mastodon témoigne d’une maîtrise parfaite des différents éléments qui font depuis longtemps tout son charme. Les trois chanteurs se partagent les parties et communient avec une osmose rare ; les ruptures rythmiques et les constructions hyper complexes, avec leur lot de bouleversements inattendus, sont légions et parfaitement agencées ; la pochette, comme toujours est sublime. 


Hushed and Grim aura réussi l’exploit de mettre d’accord la quasi-totalité des critiques autour de deux points : l’impressionnante qualité de l’ensemble et la difficulté pour intégrer son excessive richesse. Il faudra souvent revenir dessus pour se l’approprier, perçant à chaque écoute de nouveaux secrets comme on perce les mystères de l’âme en saisissant un peu d’éternité gravée sur les sillons. 


A écouter : "Pain with an Anchor", "Teardrinker", "More Than I Could Chew", "Dagger", "Sickle and Peace", "Gobblers and Dregs", "Eyes of Serpents"

Commentaires
FrancoisAR, le 08/01/2022 à 13:10
Merci beaucoup Nicolas !
Nicolas_un_autre, le 07/01/2022 à 14:45
Bravo pour la chronique, aussi chouette que l'album est puissant.
Daniel, le 23/12/2021 à 16:37
J'ai envoyé une lettre d'urgence au Père Noël pour qu'il me l'apporte. Mais je pense que ça va être un peu juste. Je l'écouterai en 2022. Avec un peu de retard. Merci de susciter de l'intérêt pour des groupes que je n'aurais pas écoutés "instinctivement".
FrancoisAR, le 20/12/2021 à 14:42
Merci pour les retours !
Etienne, le 18/12/2021 à 22:26
Presque 20 ans que les loustics nous pondent des albums de (très pour certains) grande qualité. Pourtant on a ici leur meilleur galette, ni plus, ni moins. Un disque qui prend aux tripes comme rarement. Chapeau les gars.
Alexx, le 18/12/2021 à 15:16
C'est marrant, j'ai jamais eu de déclic avec Mastodon, groupe qui pourtant coche toutes les cases pour que je l'aime. Et cet album m'apparaît comme une évidence après une seule écoute distraite. Il est magnifique ! Un retour en arrière s'impose donc. Et merci pour la belle chronique.